Sexisme médical : quand être femme devient un risque pour sa santé
- Atôme Crochu

- 22 mars
- 2 min de lecture
Dans les couloirs aseptisés des hôpitaux et des cliniques, un danger insoupçonné plane au-dessus des patientes : le sexisme médical. Ce n’est pas une rumeur, ce n’est pas une perception subjective. C’est un constat, documenté par des études et des enquêtes troublantes, qui montre que les femmes sont systématiquement désavantagées lorsqu’il s’agit de diagnostic et de traitement.
En outre, lorsqu’une femme décrit des symptômes identiques à ceux d’un homme, on les attribue beaucoup plus souvent à ses hormones qu’à une véritable pathologie. Non seulement cela, mais les syndromes non vérifiables comme le côlon irritable et la fibromyalgie, le stress, la faim et la fatigue sont souvent pointés du doigt comme la cause de tous les maux, et ce, sans tests adéquats.

Le sexisme ne s’arrête pas là : certains actes médicaux pratiqués sur des femmes sont moins bien rémunérés que les mêmes actes réalisés sur des hommes, selon l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec (AOGQ). Et si l’on croit que la présence majoritaire de femmes dans la profession médicale pourrait corriger ces biais, détrompez-vous : 55 % des médecins sont des femmes, mais cela n’empêche pas le sexisme de persister. La conséquence de tout cela ? Eh bien... Les femmes éprouvent des difficultés d’accès à ces services, car les médecins, moins bien rémunérés pour ces actes, passent plus rapidement à autre chose.
Saviez-vous que les troubles féminins comme le SOPK ou l’endométriose reçoivent beaucoup moins de financement pour la recherche que des dysfonctions masculines, comme les problèmes érectiles ? Les conséquences se mesurent dans les urgences : entre 2013 et 2017, l’Association canadienne de protection médicale (ACPM) a recensé 486 poursuites liées à des erreurs de diagnostic. Ces erreurs incluaient des diagnostics erronés, manqués ou retardés, souvent parce que les symptômes féminins sont minimisés ou mal interprétés.
Le système ne facilite pas les choses : résultats d’examens non transmis, communication inadéquate entre professionnels, manque de suivi après un quart de travail…
Le tout dans un climat où la complexité bureaucratique dissuade de rapporter les erreurs. Au Québec, la loi impose la déclaration des erreurs médicales depuis le début des années 2000, mais la collecte reste incomplète et les plaintes sont souvent rejetées pour des raisons obscures. Il peut sembler facile de déposer une plainte au Collège des médecins, mais la réalité est tout autre : on exige des preuves absurdes, toujours plus saugrenues les unes que les autres, et le processus peut s'étaler sur plusieurs années.
Même le dépistage du cancer du sein illustre l’injustice : recommandé par les
scientifiques dès 30 ans pour toutes les femmes et dès 25 ans pour les femmes à risque, il n’est couvert par la RAMQ qu’à partir de 50 ans pour toutes. Chaque année, des vies sont mises en danger parce que les symptômes féminins sont ignorés, mal évalués ou minimisés.
Dans ce paysage sombre, la santé des femmes devient une loterie, où la compétence médicale est parfois aveuglée par des préjugés sexistes. Ce n’est pas une simple inégalité : c’est un danger concret, un risque tangible, une injustice silencieuse mais mortelle. Et tant que le système refuse de regarder la réalité en face, les patientes continueront de payer le prix fort.
Kasandra Bernier, ND




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